Deuxième entretein avec Giampietro Savegnago.

(...) commencer à pratiquer sans penser du tout à ce qui arrive, sans vouloir apprendre. Se laisser donner, travailler, travailler. Et ça va arriver : il ne faut pas se donner le but d’arriver. Cela doit arriver de soi même : il faut se donner avec cœur et travailler avec des amis. Parce qu ’entre les personnes qui travaillent ensemble, il y a du cœur.

Giampietri Savegnago
Giampietri Savegnago

Est-ce que vous pourriez vous présenter, dire qui vous êtes ? Qui est Gianpietro Savegnano en dehors de l'aïkido ?

C'est difficile de dissocier ma vie de l'aïkido. Parce que cela fait 35 ans que je pratique l'aïkido. Et cela fait 31 ans que j'enseigne. J'ai commencé très tôt parce qu'il n'y avait personne ici. Je suis arrivé ici venant de Turin, j'étais 2e kyu et j'ai commencé à enseigner. On a commencé avec des amis, dont deux sont restés jusqu'à ce jour : Aldo Gonzato, qui a son propre groupe, mais on se voit toujours, et Livio Zulpo qui est toujours avec moi. D'autres sont venus après, comme Antonio Albanese ou Roberto Marchesano.

Je ne peux pas dissocier ma vie de l'aïkido. J'ai été pris par l'aïkido et je n'ai jamais arrêté. Pendant 15 ans j'ai pratiqué tous les jours, 4 ou 5 heures par jour. Quand on était au Japon avec [Kobayashi] Senseï on pratiquait au moins 8 heures par jour… donc c'est difficile de dissocier… Moi-même j'ai épousé une élève… Je me souviens que nous nous sommes dit qu'il ne fallait jamais mettre l'aïkido au second plan. L'aïkido c'est ma vie. Ma femme, elle a choisi autre chose. Nous avons un merveilleux hobby : je suis instructeur de plongée sous-marine. C'est mon seul hobby. J'aime aussi le ski. Mais l'aïkido passe avant tout. Il a changé ma vie. Senseï était comme mon père. Cela n'enlevait rien à mon père biologique, mais Kobayashi Senseï, pour moi, s'était comme mon père.

J'ai un bon travail : je travaille dans la sécurité des systèmes électroniques. J'ai deux fils et ma femme attend un autre enfant. Je pratique l'aïkido tous les jours. Il y a quatre ans j'ai eu un grave accident de moto…


Pouvez-vous raconter ce qui est arrivé ?

Je m'étais arrêté pour passer un coup de téléphone quand j'ai entendu des crissements de pneus, et quand je me suis retourné pour voir ce qui se passait, la voiture était presque sur moi. J'ai eu le réflexe de me mettre debout sur la moto et cela m'a sauvé la vie : la voiture n'a attrapée que ma jambe, mais celle-ci est complètement partie, deux centimètre au dessous du genou. J'ai donc gardé le genou.

Les médecins ont déclaré qu'il serait anatomiquement impossible de bouger de plus de 30° à 40°. Mais je fais 120° ! Donc le docteur a fait un bon travail et moi aussi je me suis beaucoup engagé. La jambe est très forte et je peux même courir et j'ai pu passer mon brevet d'instructeur de plongée. La plongée vous donne un bon contact avec la nature. Sous l'eau, c'est comme un jardin, c'est très beau.


André Cognard, Jean-François Riondet, et vous, tous trois élèves de Kobayashi Senseï, vous avez tous eu un accident un an après la mort de celui-ci. Qu'est ce que vous en pensez ?

Je ne sais pas. C'est vraiment étrange. On a eu trois problèmes différents, mais on a tous réagi, on a pratiqué l'aïkido. Je parle pour moi, mais je me suis dit : « Maintenant ma vie est comme ça. Je n'ai plus une jambe normale, mais je peux avoir une jambe artificielle ». Mais j'ai toujours pensé : « Moi, j'ai ma jambe. Je peux toujours m'harmoniser avec ce que j'ai ». J'ai perdu ma jambe le 15 mai, et fin juin j'étais déjà au dojo, avec une seule jambe. En juillet-août je suis allé en vacances, et tout le mois de septembre je suis resté avec une seule jambe, mais j'ai pratiqué l'aïkido. Avec une seule jambe, c'est difficile.

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